Miroir


La maison n’existe plus que dans le miroir rond de la route chargé de dire les dangers d’une voiture en approche. Mais je regarde dans le monde réel tout autour de moi et la maison n’y est pas. Elle avait pourtant existé je le sais bien: c’est là que j’ai passé une grande partie de ma vie. Elle ne paye pas vraiment de mine, mais nous n’avions pas tellement d’argent et si vous aviez vu l’intérieur vous auriez vu que l’atmosphère chaleureuse y était. C’était une vraie maison avec une âme. Et puis tout les souvenirs. Notre installation, les enfants, les enfants qui grandissent et partent et puis les petits-enfants. Même mon arrière-petite-fille… Un si petit bébé. Le sang de mon sang qui se dilue, 90 ans après ma propre naissance. Tellement de beaux souvenirs, bien sûr tout ne s’est pas passé sans mal, nous avons aussi eu nos douleurs, mais je regarde dans le miroir et je ne garde que le beau.
Je me retourne et dis à mon mari Jean qui comme toujours se trouve là, à côté de moi:
– Tu as vu, ils ont détruit la maison… Où allons-nous dormir cette nuit?
Il me regarde avec beaucoup de gentillesse et me dit doucement:
– Personne n’a détruit la maison. Elle existe toujours.
– Mais je ne la vois plus que dans ce miroir rond de la route chargé de dire les dangers d’une voiture en approche. Les enfants viendront ce weekend et nous n’avons plus de maison.
Jean regarde aussi notre maison dans le miroir et dis:
– Ce n’est pas un miroir mais une fenêtre.
– Une fenêtre?
– Oui. Une fenêtre sur le monde d’avant.
– Le monde d’avant? D’avant quoi?
– D’avant notre mort. La maison existe toujours. Elle appartient toujours à notre famille
– Nous sommes morts?
– Oui…
Nous sommes morts. Ainsi cela avait fini par arriver. J’ai pris la main de Jean dans la mienne et je lui ai demandé:
– Nous avons fait tout ce que nous pouvions pendant toute notre vie n’est ce pas?
– Oui.
– Et maintenant nous sommes morts…
– Oui.
Alors nous nous sommes détournés de la fenêtre et sommes partis à pas lents. A pas d’éternité. Je suis rassurée que la maison existe toujours.

About Arret Facultatif

https://arretfacultatif.wordpress.com Deze blog is geschreven in twee talen (nederlands-français), door twee opmerkelijke vriendinnen. Wij vertalen elkaar niet, noch corrigeren elkaar, maar vormen samen een complementariteit in woord en beeld. Wij willen graag met onze handen laten geboren worden daar waar u kan van genieten, onder welke vorm dan ook. Poëzie en kleine stukjes uit het leven, maar ook volsagen verzonnen verhalen, hier vindt u het allemaal!
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