Il est tombé dans l’arbre

Il est tombé dans l’arbre. Ce n’est pas normal. On tombe de l’arbre. Trop souvent. On ne tombe pas dans l’arbre. Que c’était-il passé? Il se souvient très bien: il était au pied de l’arbre et attendait la venue du chien. Ce n’était pas son chien à lui. Il n’avait jamais eu de chien. Il n’en voulait pas. C’était un chien qui l’attendant là, régulièrement. Chaque fois le même sentiment: quelque chose en lui, lui disait que le chien l’attendait au pied de l’arbre. Il s’y rendait chaque fois. Sans comprendre. Sans comprendre encore. Mais toujours le chien l’attendait au pied de l’arbre. C’est rare qu’il soit le premier au rendez-vous mais c’était déjà arrivé. Et aujourd’hui cela avait été le cas: il était arrivé avant le chien. Mais cela ne changeait rien. Rien à rien puisqu’il ne se passait jamais rien. Le chien s’asseyait et lui restait debout à côté. Ils restaient ainsi quelques instants et parfois quelques heures. L’arbre était un solitaire au sommet d’une petit colline sans prétention. Une fois ils avaient regardé le soleil se coucher parce que c’était là que leur regard se portait mais ils n’étaient pas vraiment là pour ce spectacle. Ils étaient là. Une seule fois le rendez-vous avait eu lieu au milieu de la nuit. Il avait admiré la nuit pendant des heures. Il ne savait rien des sentiments du chien. C’était toujours le chien qui donnait le signal du départ. Il convoquait la réunion et signifiait sa fin. Lui, il suivait, dans l’espoir d’un jour comprendre. Le chien ne lui accordait que peu d’attention. Mais il savait qu’il devait être là pour le chien.

Ce soir là il était arrivé le premier. Il se tenait à sa place, debour comme d’habitude, et attendait. Il n’avait jamais dû attendre longtemps les rares fois où il était arrivé le premier. Mais cette fois il avait eu le temps de voir tout le coucher de soleil tout seul. La beauté du spectacle lui avait fait un moment oublier l’absence du chien. Le chien ne viendra pas. Pourtant il avait lancé de signal invisible, il en était sûr. Que devait-il faire maintenant? La nuit va tomber. Et puis il était tombé dans l’arbre. Il n’était pas monté dans l’arbre! De cela, il était sûr. Il avait fait un pas en avant, avait trébuché et sa chute l’avait jeté dans l’arbre au lieu de le jeter par terre. La nuit tombe. Il distingue mal le sol. Sa chute l’a amené tout en haut de l’arbre. Il voit les lumières de la ville. Il se serre contre le tronc. Il doit descendre. Il ne peut pas passer là toute la nuit. S’il tombe de l’arbre, tombera-t-il par terre ou tombera-t-il dans le ciel?

Branche par branche il descend. Il a peur. Cette chute dans l’arbre a rendu la nuit inquiétante. Il n’a jamais été fort dans les exercices physiques. Jamais il ne serait monté dans cet arbre. Parfois il s’arrêtait pour écouter s’il entendait la respiration du chien, mais il n’entendait rien. Des branches cassaient parfois sous son poids faisant bondir son coeur dans sa poitrine. J’ai trébuché et je suis tombé dans un arbre. Cela n’existe pas. Il avait l’impression qu’il descendait depuis des heures mais il n’avait toujours aucune idée de où se trouvait le sol. Sous ses pieds des branches, toujours des branches.

Enfin il n’y a plus de branches sous son pied. Juste le tronc nu. La nuit est noire de sans lune. Il fouille sa mémoire pour se rappeler à quel hauteur les premières branches se trouvent. Peut-il sauter sur le sol sans crainte de se casser quelque chose? Il ne veut pas attendre le matin. Il ne sait pas où se trouve le matin. Ses mains s’ouvrent; il se laisse tomber. Le sol n’est pas loin. Il  tombe accroupi, le souffle coupé. Ses mains s’agrippent au sol. Le chien n’est pas là, il ne sent pas sa présence. Ce sont des loups qui l’entourent lui et l’arbre. C’est ce qu’il découvre quand il se remet debout. Des loups? Il savait bien sûr qu’on en avait réintroduit dans cette région. Mais pas autant et plus au nord et puis ils ont assez à manger avec les moutons. A ce moment il n’a aucune compassion pour les bergers qui perdent de leurs bêtes. Pourquoi le chien ne vient-il pas à son secours? La nuit est noire et tout là-bas les lumières de la ville. Les loups attendent. Il fait un pas en avant, non pour s’enfuir mais pour retrouver un équilibre. La peur le fait vaciller. Il fait un pas en avant, trébuche et tombe dans l’arbre.

Il tombe dans l’arbre. Ce n’est pas normal. Mais cela n’a pas d’importance: il est sauvé. Il va attendre maintenant sans bouger que le jour revienne, que les loups repartent, que les gens inquiets de sa disparition viennent à son secours. L’enfant pleure de soulagement: il est à l’abri maintenant.

About Arret Facultatif

https://arretfacultatif.wordpress.com Deze blog is geschreven in twee talen (nederlands-français), door twee opmerkelijke vriendinnen. Wij vertalen elkaar niet, noch corrigeren elkaar, maar vormen samen een complementariteit in woord en beeld. Wij willen graag met onze handen laten geboren worden daar waar u kan van genieten, onder welke vorm dan ook. Poëzie en kleine stukjes uit het leven, maar ook volsagen verzonnen verhalen, hier vindt u het allemaal!
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