Au coeur de l’action

Cette bande d’arrêt d’urgence, je la regarde intensément. Pour me rassurer qu’elle est toujours là. Je conduis ma voiture les yeux en partie aggripés à ma droite. Parfois je me demande ce qu’il arriverait si je m’arrêtais sur cette bande d’arrêt d’urgence. Parce qu’on ne peut pas rester toujours là, parce qu’il faut repartir. Peut-être que j’attendrais la nuit pour repartir. Il y a moins de monde. Mais c’est vrai on voit moins bien. Au tout petit matin alors?… Je sais qu’il vaut mieux que je ne m’arrête pas. Mais c’est important pour moi de savoir que je peux le faire. Me mettre en zone de sécurité. Jusqu’à aujourd’hui, j’étais presque toujours restée sur la première bande. Juste à côté de la bande d’arrêt d’urgence. Mais maintenant, je ne sais plus très bien ce qui c’est passé, je me trouve sur la troisième bande. La troisième! Pas même la deuxième sur laquelle j’avais déjà fait, par le passé, de brèves incursions. Les plus courtes possibles. Ce sont bien sûr des circonstances totalement indépendantes de ma volonté qui m’ont portées sur cette troisième bande. Mon seul but à présent est de regagner le deuxième bande. Vite! Il y a urgence…

J’essaye. J’ai essayé mais au lieu de cela je dois encore concéder une bande et me retrouve sur la quatrième bande. Mes mains sont moites et ma prise de volant peu sûre. Mon cœur bat trop fort et un peu n’importe comment. Comment regagner toutes ces bandes perdues? Il me fallait faire attention. A force de regarder sur mon côté droit, je ne fais plus assez attention à ce qui se passe devant moi. Et la voiture devant moi a dû freiner brièvement. Quand je m’en suis rendue compte, j’étais presque dans son pare-choc et freiner était trop tard. Comme je voyais toutes les voitures à ma droite, j’ai braqué le volant vers la gauche parce que là il y avait une petite ouverture. Mon cœur est au bord de l’explosion. La chance me sourit. L’espace qui c’est fait sur la cinquième bande est assez grand pour m’accueillir. Je me retrouve en sécurité sur la cinquième bande. Quelques coups de klaxons parce que la place est comptée mais je suis passée. La cinquième bande. Jamais je n’aurais crus que je puisse m’y retrouver un jour. C’était tellement loin. Tellement loin de la bande d’arrêt d’urgence. Je ne la distingue plus malgré mes efforts. Mes yeux fouillent dans sa direction mais ne rencontrent qu’un amas de voitures conduites pas des êtres indifférents. Je voulais pleurer ma peur et ma panique. Je voulais tout arrêter parce que cela ne servait quand même à rien de lutter. C’était perdu d’avance. J’essaye de respirer. Parce que la poitrine me fait mal. La cinquième bande va tellement vite.

Je n’ai pas freiné finalement. Je continue juste. C’est épuisant. Gagner la quatrième bande. Je dois y aller bande par bande. Sans penser à ce qu’il y a après chaque bande. D’abord la quatrième. Mais ce n’est pas possible pour le moment. Mon clignoteur laisse les conducteurs de la quatrième bande dans leur indifférence. Parfois brièvement je croise un regard mais aucune information n’a le temps d’être échangée. Trop vite. C’est moi qui n’ai pas l’habitude de cette vitesse. Ce que je prends pour de l’indifférence n’est peut-être que de l’incompréhension. Je suis trempée de sueur. Je baigne dans mon jus… C’est très désagréable. Je maintiens un peu mieux ma respiration à une vitesse plus appropriée. Malgré moi je continue ma route. Je ne pouvais pas encore accepter les conséquences d’un arrêt brutal en pleine cinquième bande. Les kilomètres ont défilé. Beaucoup de kilomètres. La cinquième bande va si vite. Elle n’a aucune pensée vers la bande d’arrêt d’urgence. Elle ne sait même pas qu’elle existe. Leurs chemins ne se sont jamais croisés. S’il se passe quelque chose sur la cinquième bande, il y a peu de chance de s’en sortir.

Mon cœur s’est un peu habitué ou alors je me suis habituée à mon cœur. L’air circule à nouveau normalement. Jusqu’à mes poumons qui l’ont redistribué partout. Je regarde devant moi maintenant. Devant moi. D’autres y arrivent. Pourquoi pas moi? Un peu de calme s’est installé dans ma tête. La bande d’arrêt d’urgence n’est plus atteignable. En tout cas pas avant longtemps. Alors il faut que j’arrête d’y penser. Je continue à regarder devant moi. J’avance. Sans protection. Je ne perds plus de temps à penser à la bande d’arrêt d’urgence sinon pour reconnaître enfin qu’elle ne me garanti même pas la survie en cas de problème. Il y a plein de problèmes qui ne se résolvent pas par une bande d’arrêt d’urgence…

Le calme est là maintenant, en moi. Bien plus grand que quand j’étais sur la première ou la deuxième bande. Je me sens enfin plus maîtresse de mon destin. Je regard le paysage. C’est le début du printemps j’aime ces quelques journées de transition quand les feuilles sortent mais n’envahissent pas encore tout. Je fais bien sûr attention aux voitures autour de moi, mais de plus loin. Le temps est splendide. Les couleurs aussi. Je suis au cœur de l’action.

About Arret Facultatif

https://arretfacultatif.wordpress.com Deze blog is geschreven in twee talen (nederlands-français), door twee opmerkelijke vriendinnen. Wij vertalen elkaar niet, noch corrigeren elkaar, maar vormen samen een complementariteit in woord en beeld. Wij willen graag met onze handen laten geboren worden daar waar u kan van genieten, onder welke vorm dan ook. Poëzie en kleine stukjes uit het leven, maar ook volsagen verzonnen verhalen, hier vindt u het allemaal!
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One Response to Au coeur de l’action

  1. weblogtom says:

    Super!

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