Pour tous ceux qui se relèvent

Il avait dû s’extirper d’une enfance malheureuse. Marquée parfois par des jours et même des semaines sans voir la lumière du jour. L’enfermement… Il rêvait tout bas du  soleil. Pas celui qui écrase tout être vivant de sa chaleur implacable et va même parfois  jusqu’à les tuer, mais celui qui fait naître l’espoir et qui rassure. Le soleil qui remplace le noir. La lumière (dans un murmure).

Et puis quand l’âge lui avait permis, il s’était échappé et cela pour toujours. Sans le moindre regard vers là d’où il venait. Il s’était fait une raison sur tout cela parce qu’il savait que tout ce qui était arrivé n’était pas de sa faute. Maintenant il pouvait faire ses propres choix. Son don pour tout apprentissage l’avait aidé. Pour cela il avait eu de la chance. Il avait étudié vite et bien, sans passion, mais parce que c’était le prix de sa liberté. Il lui fallait de l’argent donc un métier. Il avait réussi dans quelque chose qui ne l’intéressait pas vraiment. Mais il avait acquis son indépendance et même une position sociale enviable pour qui cela a de l’importance. Et même il avait des amis et aussi une famille, pas celle d’avant qu‘il n’avait jamais laissée revenir, mais une nouvelle avec sa femme et ses trois enfants.

Il avait finalement réussi sa vie comme si son enfance n’avait laissé aucune empreinte sur ce qu’il est. C’est exceptionnel mais presque vrai. Presque vrai parce que la lumière était devenue son obsession. Il fuyait le noir et la nuit l’angoissait comme un Maya peu sûr que le jour se lèvera à nouveau.

La lumière…

Et une question particulière le poursuivait: on dit que la nuit tombe. Mais rien, ou presque, n’est plus faux: ce n’est pas la nuit qui tombe, c’est le soleil. Toutes les personnes qui habitent au bord de la mer vous le diront, eux qui chaque soir voient le soleil couler à l’horizon.

Quand l’heure de la retraite était venue (la sienne, pas celle du soleil), les enfants partis et sa femme décédée d’une longue maladie qu’on a encore souvent peine à appeler de son vrai nom de cancer, il était allé s’installer au bord de la mer. Dans une magnifique villa avec vue sur mer. Pleine de pièces, la plupart presque jamais habitées sinon par les petits-enfants qui venaient là en vacances, et de la lumière toujours. Dans la journée, une longue promenade toujours. Et aussi de l’écriture. Sur la lumière bien entendu. Sa place dans les civilisations mais aussi tous ces paradoxes dont celui qu’il cherche à contourner: la lumière existe parce que le noir existe. Et puis tous les soirs sans nuages, dehors ou dedans il observait la chute du soleil. La douleur qu’il avait toujours essayé d’ensevelir restait là: il la sentait quand il espérait quand même que le soleil corrige sa course et remonte. Il aurait pu aller habiter quelques mois aux pôles pour connaitre ce soleil qui jamais ne se couche, mais il sentait que ce n’était pas la vraie solution. C’est ici qu’il voulait voir un changement radical. Le soleil ne plongerait plus sous le poids de la nuit. Le soleil (jusqu’ici…) est toujours parvenu à se relever, à repousser la nuit en réapparaissant à un autre endroit.

La lumière…

Pourquoi aucun secouriste ne se porte au secours du soleil qui se noie. Lentement sous nos yeux émerveillés… Il pouvait comprendre cet émerveillement devant cette lumière particulière. Mais lui avait peur du noir qui venait juste après.

Parce qu’il avait regardé trop le soleil: sa vue s’est voilée… Il a paniqué en silence sans rien montrer d’autre qu’un visage serein. Et il se dit qu’un soir il partira en bateau vers le soleil. Et qu’il ne s’arrêtera que le jour où il l’atteindra.

Mais la résilience qui l’avait sauvé soixante ans auparavant passa de nouveau au travers de lui et il se détourna de son obsession de la lumière. Et il commença à écrire sur la nuit et le noir. Pour tout ceux qui se relèvent. Et les autres aussi…

About Arret Facultatif

https://arretfacultatif.wordpress.com Deze blog is geschreven in twee talen (nederlands-français), door twee opmerkelijke vriendinnen. Wij vertalen elkaar niet, noch corrigeren elkaar, maar vormen samen een complementariteit in woord en beeld. Wij willen graag met onze handen laten geboren worden daar waar u kan van genieten, onder welke vorm dan ook. Poëzie en kleine stukjes uit het leven, maar ook volsagen verzonnen verhalen, hier vindt u het allemaal!
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