Promenade 1

La journée est belle et j’ai congé cet après-midi. J’ai pris mon appareil photo. Je n’irai pas dans la forêt juste à côté. J’irai dans un parc un peu plus loin. Il y a là la variété d’une roseraie, et puis des sculptures qui parfois nourrissaient mon imagination, et puis un étang avec ses canards, et puis un potager, et puis les chemins qui relient tout, et puis cette maison qui avait été glorieuse 50 ans auparavant mais dont il ne restait que des murs et puis des bancs sur lesquels rester des minutes entières. Et puis quand on sort du parc après le potager, à gauche il y a le cimetière et à droite la forêt. Il fait juste bon. Je respire. Je ne suis pas pressée. Je prends de nombreuses photos; des dernières fleurs parce que ce sont les dernières, des arbres parce que ce sont les couleurs de l’automne, des sculptures parce que c’est sur fond d’automne, d’une limace parce que c’est sur fond de potiron, des champignons blancs parce qu’ils ont l’air en porcelaine, du ciel parce qu’il est bleu… Je ne sais jamais quoi faire de toutes ces photos. Mais c’est important que je les prenne. Et puis je ne les regarde plus ou alors si peu. La photo cesse souvent d’exister quand elle a été prise… Même si elle est réussie.

Je regarde les gens aussi et leur donne un rôle dans mes photos. La photo d’un chemin risque de ressembler à rien si personne ne passe dessus. Je les prends de dos parce que ça peut être n’importe qui. Ils sont là pour donner la taille humaine à la photo. J’appartiens à l’espèce humaine…

Je me déplace tellement lentement. Avance et puis reviens sur mes pas. Il faut absolument profiter d’une journée pareille. Cela se passe dehors. Les gens se saluent; quand le soleil brille, les défenses s’évanouissent et les âmes s’apaisent. Des sourires à tous ces inconnus. C’est la trêve.

Je me suis assise sur un banc. Mon préféré: parce que mes pieds ne touchent pas terre et parce que j’attends que les gens passent en contrebas, sur le chemin au-delà de l’étang et au pied du verger et je les prends en photos sépia. Petites silhouettes inidentifiables mais tellement présentes et expressives.

Des parents s’approchent de mon banc, à la vitesse du pas curieux de tout de leur enfant. Je les regarde sans vraiment les regarder. Mon regard est entré à l’intérieur de moi depuis presque le début de la promenade. Ils s’arrêtent, repartent pour deux pas et s’arrêtent de nouveau et puis repartent… Quand ils sont à ma hauteur le petit garçon, il doit avoir un peu plus que deux ans,  pointe le doigt vers un ciel d’un bleu profond et il dit: ‘sale’. Je suis du regard ce doigt qui accuse le ciel, mais je ne vois rien de sale. Pourquoi cet enfant accuse-t-il ainsi le ciel? Ou qu’a-t-il vu que je n’ai pas eu le temps de voir passer?  Mais l’enfant répète alors que mon regard se porte dans la direction donnée par son doigt: ‘sale’. Mais le ciel est bleu. La journée est splendide et le restera. Une merveilleuse journée d’automne avec toute ses couleurs éclatantes. Et dans cette immensité, le petit enfant voit quelque chose de sale… Je vois que ses parents cherchent aussi à comprendre ce qui est sale dans le ciel. Et c’est son père qui finalement trouve la solution. Lui aussi il avait d’abord regardé vers le ciel. Mais la solution se trouve entre le doigt de l’enfant et le ciel. Beaucoup plus près du doigt de l’enfant que du ciel. Il montre une araignée qui a tendu son fil entre deux buissons… Combien de cris d’adultes horrifiés à la vue de ces petites bêtes a-t-il déjà entendu? Le doigt de l’enfant montre une araignée. Le sage montre la lune et l’imbécile regarde le doigt… Mais souvent le vérité se trouve quelque part entre les deux.

About Arret Facultatif

https://arretfacultatif.wordpress.com Deze blog is geschreven in twee talen (nederlands-français), door twee opmerkelijke vriendinnen. Wij vertalen elkaar niet, noch corrigeren elkaar, maar vormen samen een complementariteit in woord en beeld. Wij willen graag met onze handen laten geboren worden daar waar u kan van genieten, onder welke vorm dan ook. Poëzie en kleine stukjes uit het leven, maar ook volsagen verzonnen verhalen, hier vindt u het allemaal!
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One Response to Promenade 1

  1. weblogtom says:

    geschreven alsof we er zelf bij waren🙂

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